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La maison de Régina · Provence 2026
Reportage · Journal

Une semaine en Provence sans voiture, mes étapes gourmandes en train et à vélo

Paysage provençal ensoleillé avec vélo vintage, train régional et table gourmande en terrasse

À 8 h, sur le quai d'Avignon-Centre, le cliquetis de mes sacoches a couvert l'annonce du train. Je suis partie avec mon vélo et cette idée un peu folle de faire une boucle entre deux gares, et j'ai été convaincue dès les premiers mètres que la semaine serait vive.

Le vent était déjà là, sec dans l'air, et l'odeur de goudron tiède montait de la sortie de gare. Quand j'ai vu Gordes se dessiner plus loin, puis les reliefs vers Roussillon, j'ai su que je n'avais pas choisi une semaine molle.

Je ne suis pas une sportive, juste une amoureuse de la Provence qui voulait tenter le pari sans voiture

À la maison, avec mes deux enfants, j'ai vite compris que je ne partais pas pour une épreuve de force. Je suis mariée, je roule à mon rythme, et je garde toujours une marge pour le train du soir. J'avais aussi fixé une limite simple pour les achats gourmands du milieu de semaine, pas plus, parce que je voulais rester légère.

Depuis mes années comme autrice culinaire et carnettiste de voyage, je sais que le marché du matin change tout. J'avais envie de couper la voiture, de suivre le combo TER + vélo, et de m'arrêter là où les producteurs ouvrent leurs volets. J'étais sûre de moi au départ, presque trop, parce que l'idée de traverser la Provence sans tourner pour se garer me plaisait depuis longtemps.

Je m'étais imaginée des étapes tranquilles, avec le VAE comme petit soutien et un mistral plus sage que dans les récits entendus au café. J'avais noté les horaires du TER, glané deux conseils d'amis, puis griffonné des villages sur un carnet taché d'huile d'olive. Mon travail d'autrice culinaire et carnettiste de voyage m'a appris à regarder d'abord les heures d'ouverture, puis la distance.

Je voulais surtout respirer autrement. Rouler quinze à vingt-cinq kilomètres, m'arrêter pour une fougasse, un fromage, une poignée d'abricots, puis repartir sans me presser, cela me semblait juste. Je pensais aussi que les montées seraient plus douces avec l'assistance électrique, et que le vent ferait un bruit de fond, pas un adversaire.

La réalité a frappé fort dès le premier jour, entre mistral violent et sacoches trop lourdes

La gare d'Avignon était encore fraîche quand j'ai posé le pied dehors. Les pneus ont claqué sur le gravier de la voie verte, puis les sacoches ont fait un petit bruit sec quand j'ai franchi une calade. L'odeur de thym chauffé, de pin et de goudron m'a sauté au nez dès la sortie de ville.

La première montée vers Gordes m'a vite ramenée au réel. Malgré l'assistance, mes jambes brûlaient, et le vent me déportait dans les passages ouverts. J'avais les épaules tendues, la bouche sèche, et la gourde devenait chaude au bout de 20 minutes, ce qui m'a agacée plus que je ne l'aurais cru.

Mon erreur a été grossière. J'ai acheté trop de choses au premier marché, avec une fougasse, deux fromages de chèvre, des abricots et des tomates encore tièdes dans les mains. À 12 h 15, j'avais déjà laissé filer quelques billets, et les sacoches tiraient si fort que le vélo flottait dans les pavés.

J'ai fini par m'arrêter sous une halle, un peu vexée par ma propre gourmandise. Le contraste entre la fraîcheur de l'ombre et la fournaise dehors m'a presque coupé les jambes. Puis j'ai trouvé une fontaine cachée dans une ruelle, et un bistrot, Le Bistrot de la Fontaine, m'a servi une tapenade maison qui m'a rendue plus calme d'un coup.

Le jour où j'ai cru que j'allais abandonner, prise au piège du mistral entre deux villages perchés

Entre Gordes et Roussillon, sur un faux plat qui n'en finissait pas, le mistral m'a frappée de face. Le vélo dansait, la roue avant partait de biais, et j'ai hésité à faire demi-tour. Quand j'ai vu le panneau centre-ville à 800 m, puis la rue sans ombre qui montait derrière, je me suis retrouvée au bord du découragement.

Le vent ne pousse pas seulement. Il prend le cadre de côté, secoue la direction, et oblige à serrer le guidon plus fort que d'habitude. Mon cœur battait vite, mes épaules se raidirent, et chaque coup de pédale réclamait un effort que je sentais jusque dans le cou.

Le pire, c'était la fatigue qui s'additionnait. L'air pesait, la sueur ne séchait plus, et je me suis retrouvée à compter les mètres comme si je faisais la course avec le vent. J'ai alors pensé à la pause gourmande prévue plus tard, et le doute a pris toute la place, franchement.

J'ai changé d'itinéraire sur place. J'ai coupé par une voie plus protégée, j'ai vidé une bouteille dans l'autre sac, et j'ai laissé un fromage au fond du marché pour le lendemain. Le soir, je suis rentrée plus tôt à l'hébergement, et je me suis dit que partir avant que le vent se tende valait mieux que forcer bêtement.

Ce que j'aurais aimé savoir avant, et que j'ai compris en fin de semaine

Mon travail d'autrice culinaire et carnettiste de voyage m'a appris une chose simple, le rythme compte plus que la bravade. Les matins où je suis partie avant 9 h, j'ai trouvé les portes ouvertes, la boulangerie encore chaude, et des commerçants qui avaient le temps d'échanger deux phrases. Dès que je traînais, la ville se refermait derrière les volets.

J'ai aussi compris que les sacoches pleines ruinent vite le plaisir. Quand j'achetais au fur et à mesure, avec un seul fromage, un pain, deux pêches, le vélo gardait sa ligne et les fruits restaient entiers. Quand je repartais chargée comme pour trois jours, les pavés me le faisaient sentir dans les mains et dans le bassin.

J'ai fini par regarder le vent avant de regarder la carte. Une petite route jolie sur le papier peut devenir une vraie punition si elle reste ouverte de partout, alors qu'un détour de 3 km sous des cyprès change tout. Quand la poussière fine collait à mes mollets sur les routes de campagne, je ralentissais sans me raconter d'histoire.

Pour la mécanique du VAE, je n'ai pas joué les bricoleuses. Quand un bruit m'a inquiétée, j'ai demandé au loueur plutôt que de toucher au réglage moi-même. Je ne sais pas si cette prudence vaut pour tout le monde, mais pour moi elle a évité une mauvaise surprise en fin de journée.

Ce que je retiens de cette semaine, entre plaisir et limites bien réelles

Je suis rentrée à Saint-Rémy-de-Provence avec les jambes un peu dures, mais le carnet plein d'odeurs et de noms de villages. J'ai aimé le bruit sec des pneus sur le gravier, les haltes à l'ombre, et ce sentiment rare de traverser un paysage sans le subir. J'ai moins aimé les moments où la chaleur après 11 h rendait une côte courte interminable.

Je referais sans hésiter les étapes de 15 à 25 km, parce qu'elles m'ont laissée assez d'énergie pour manger et regarder. En revanche, je ne recommencerais pas avec des sacoches trop lourdes dès le premier marché, ni sans vérifier la place vélo du TER. Une fois, j'ai dû attendre la rame suivante, et 26 minutes de quai plein de guidons m'ont suffi pour comprendre la leçon.

Pour quelqu'un qui accepte de partir tôt, de rouler léger et de composer avec le vent, cette semaine garde une vraie saveur. Pour quelqu'un qui veut dormir tard et remplir les sacoches sans compter, le rythme paraît trop raide. Moi, j'y ai trouvé un mélange que j'aime, entre effort mesuré et plaisir du marché, même quand le mistral faisait sa mauvaise tête.

En repensant à Gordes, à Roussillon et au quai d'Avignon-Centre, je garde surtout une impression nette. Je me suis sentie vulnérable par moments, puis très contente d'avoir tenu jusqu'au bout. Cette semaine ne m'a pas rendue héroïque, elle m'a rendue plus attentive à l'heure, au vent, et à la première tomate qui tient encore dans la main.

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